Lundi 16 juillet 2007
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« Madame Walace, suite à la découverte récente d'un sac postal égaré lors de la disparition d'un avion de
liaison le 12 octobre 1969, dans le massif du Mont Blanc. La Poste a le plaisir de vous faire parvenir la lettre ci-jointe, qui vous était destinée. Veuillez recevoir, Madame Walace, toutes nos
excuses pour ce retard inhabituel. Jacques Grosjean, directeur des relations publiques »
Le fabuleux destin d'Amélie
Poulain
« Cher lecteur, suite à la découverte récente
d'un bloc-notes égaré au retour
d'un voyage le 17 juillet 2007, dans l'Europe du Nord. Toutattaché a le plaisir
de vous faire parvenir les textes ci-joints, qui vous
étaient destinés. Veuillez recevoir, cher lecteur, toutes nos excuses pour ce retard inhabituel. Ugo Orlando, directeur des relations publiques. »
A 16 ans, il y a trois ans, je suis parti en voyage seul à la découverte des villes de France que je ne connaissais pas. Le concept, c'était train/auberges de jeunesse/solitude/sacoche. Je voulais
partir léger pour avoir l'air d'un simple châlant invisible dans la ville. Pouvoir me balader librement, secouer mes bras à l'horizontale, décrire un cercle avec et me dire que je n'ai pas d'autres
bagages que ce qui se trouve à l'intérieur de ce cercle. Et que pourtant, je repartirai avec tout ce qu'il y a autour.
Sortis par intermittence, seuls mon appareil photo et mon plan de la ville trahissaient mon oeil touristique. Mais c'était une autre époque, l'appareil sortait peu car sa carte mémoire était assez
modeste. Quant au plan, l'époque n'était pas au GPS démocratisé et je prenais plaisir à me laisser me perdre.
Cela avait duré 2 semaines.
A 17 ans, il y a deux ans, je décidais de faire la même chose en plus grand, en plus long, en plus loin. Je suis parti à la découverte des villes suédoises (une dizaine), avec en bonus Berlin, Oslo
et Copenhague. La Suède, un mythe, un eldorado presque fictif.
En plus de l'appareil photo et du plan, cette fois il y avait aussi un petit bloc-notes : les émotions ne se seront pas évaporées.
Cela a duré 1 mois et 1 jour.
A 18 ans, mon été a consisté à déménager de chez papa/maman.
Eté 2009, à l'heure où j'écris, je n'ai pas l'occasion de partir en vacances. Alors, pour pérégriner quand même un petit peu, je vous propose de suivre cet autre moi : de porter à l'écran
le petit bloc-notes de cet autre moi.
En N+2.
En temps réel.
Cela durera 1 mois et 1 jour.
Extrait - 01/08/2007 : "L'arrivée à Stockholm. Ne pas
sortir le plan. Se permettre de prendre un rue qui à l'air droite et de marcher vite jusqu'au bout. The Police - Roxanne aux oreilles, croiser très vite toutes sortes de gens, passer des feux, des
enseignes, des trottoirs, des voitures, des business-men indiens, des blondes affolées au téléphone.
Respirer fort. Frôler l'hyper-ventilation. Regarder simultanément les immeubles - Ok, on est à Stockholm - et le sol - en effet, les pieds touchent par terre - , se dire que personne ne connaît mon
prénom dans cette nouvelle ville. C'est une nouvelle vie, une nouvelle identité."
Ce sera volontairement brut. C'est l'avantage du petit bloc-notes. Pas de curseur, de backspace ni de Ctrl-Z. C'est parfois très long, parfois très court. C'est parfois titré, parfois jeté comme ça
dans le genre démerde-toi. C'est écrit sur un lit d'auberge, sur un banc, dans un train, dans une bibliothèque ou en tailleur dans la rue.
C'est écrit par un N-2.
Ce blog est statique. Il a été conçu été 2009.
C'est donc 2007, vu par 2009, écrit en 2007.
N, vu par N+2.
Par Ugo
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Mardi 17 juillet 2007
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Ca va bien. Je pense un peu à ma famille, à mes amis. Mais pas avec mélancolie. Je suis pas triste. En fait je suis plutôt content de
retrouver l'ambiance des auberges de jeunesse, de la solitude, de la débrouille. Mais je me rends pas bien compte que je suis dans une grande capitale. Ca ira mieux demain, ça va beaucoup me
plaire.
Par Ugo
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Mercredi 18 juillet 2007
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Antoine de Maximy doit avoir un truc
Au petit-déjeuner, j'ai voulu taper la discut' avec des allemands en leur demandant pourquoi ils
n'avaient pas pris de jambon et de fromage (approche a la con).
Regard froid, peut-être d'incompréhension.
Je continue en disant que j'aurais imaginé les allemands prendre plein de jambon et fromage au petit-déjeuner (rattrapage très très con).
Re-regard froid, peut-être vexé.
Ils ont essayé de me répondre, ont parlé allemand, puis sont partis.
Pour prendre contact avec les autochtones, Antoine de Maximy doit avoir un truc.
La ville !
Tous les quartiers sont là, en proportion et en osmose parfaite.
Un quartier ethnique, un quartier bobo, un quartier des affaires, plein d'espaces verts, des zones résidentielles, une ZI embryonnaire... il me reste la ville historique et tout le sud...
En même temps, toute la ville est historique...
Les gens sont vraiment sympas et beaux pour la plupart.
(A part ces petits cons du petit-déjeuner)
Par Ugo
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Jeudi 19 juillet 2007
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A la place de l'air
C'est le crépuscule sur Potsdamer Platz. Je me rends compte que je suis à la fois absent et présent. Un statut de demi-dieu, un ange, le résidu d'une faille dans le continuum espace-temps.
Absent parce qu'étranger, ne communiquant que très peu et assez laborieusement. Je ne ressemble à personne avec mes cheveux et mon teint de sudiste.
Et pourtant, je suis là, présent, je me fonds dans la masse en ayant une petite sacoche comme seul bagage. J'échange des regards, j'occupe une place.
Le métèque invisible et le monsieur-tout-le-monde extravagant. Simultanément. Dans le même corps, ça se mêle.
La quatrième dimension.

C'est le crépuscule sur Potsdamer Platz.
Un type, zébulon, l'air artiste maudit s'installe pas loin de moi avec un énorme appareil photo. Il ne veut pas prendre les tours. Il me regarde. Au "j'ose, j'ose pas" habituel, il trouve la parade
en s'éloignant d'une quinzaine de mètres. Je fais genre je l'ai pas remarqué.
Un autre, vagabond chauve et bourru, l'air mauvais tourne autour du kiosque en bouffant des petits pains et en gueulant des "Sheizeuh". A être resté
là plusieurs heures, je sympathise avec lui.(*)
Un autre, visiblement indien ou pakistanais, court avec un chariot en plein milieu de la route. Il rejoint le troittoir, et, au regard étonné des passants, il répond en mettant son doigt devant sa
bouche : "chut! Il faut pas le répéter".
Les clés de l'auberge de jeunesse rendues depuis ce matin, je vais passer la soirée dehors. Je ne sais pas encore exactement ce que je vais faire. Cette ville est vraiment géniale, mais la nuit, je
ne sais pas à quoi elle ressemble. Alors c'est inquiétant, mais aussi excitant.
C'est ça, je bascule entre inquiétude et excitation, la journée aussi.
Inquiétude de me lasser des villes, de mon "concept". C'est peut-être dû à la fatigue. Cette nuit, je ne vais certainement pas beaucoup dormir, je me suis assoupi dans un parc cet après-midi. C'est
un bonheur de s'assoupir dans un parc inconnu.
Inquiétude par rapport au reste du voyage. C'est long, est-ce que je vais tenir ?
Excitation quant à la découverte. Découvrir toujours de nouvelles choses (ça c'est fait). Et découverte aussi de nouvelles manières de les découvrir (ça, ça reste à découvrir).
Car ce voyage reste long, et malléable : ça c'est excitant.

Ici, le vélo est roi. Seuls les marginaux ou ceux qui viennent d'attacher leurs vélos marchent à pied.
Un couloir au moins sur la route et un couloir au moins sur le trottoir leur sont réserves. Et ce ne sont pas les vélos qui font attention quand ils tournent à gauche, mais les voitures qui
attendent systématiquement avant de tourner à droite.
Pour les attacher, ce ne sont pas les endroits qui manquent. Au pied de chaque tour de bureaux, ils sont empilés comme des épingles sur un aimant. Et les journaux locaux se disputent pour dessiner
leur logo sur les attache-vélos "mobiles" à 6 emplacements. Il y en a un devant chaque papeterie.
Mais ils ne sont pas toujours attachés. Comme chacun en a un et que les marginaux s'en foutent, le risque de vol est minime. Enfin, la DB
- équivalent de la SNCF à la base, mais devenant l'équivalent de JC Decaux tant elle est omniprésente
dans la ville - met à disposition un peu partout des vélos qui se débloquent par téléphone. Il n'y a pas de bornes spécifiques : on les retrouve là où le précédent l'a laissé.
"Mais alors, on peut l'emmener chez soi?"
"Ferait-on cela à Berlin?"
Demain, je touche la Suède.
(*) Après quelques paratages de récits d'aventures alors qu'il fait encore beau et jour sur Postdamer platz, la nuit tombe et la pluie aussi. Le vagabond partage un banc avec moi dans la gare
centrale soutteraine. Il me propose de l'eau minérale et des petits pains. Je refuse poliement. Il devine que je suis français, me félicite pour mon anglais et me dit que sa mère est aussi
d'origine française. Je lui dis que je pars en Suède cette nuit. Il est étonné qu'on puisse faire le trajet direct Berlin-Malmö. Il est étonné, presque jaloux. Il me montre un train en affirmant
qu'il va à Vienne. Je demande comment il le sait. Il me dit que c'est par rapport au toit, caractéristique d'un train de nuit. J'ouvre ma gourde pour boire un peu. Il me dit "this is made in
switzerland". Je réponds, "no no, it's Decathlon... a... french store".
Une fois l'averse terminée, je le quitte. Je dois partir à pied à une autre gare. Dans la nuit noire, je marche d'un pas très pressé. Après 5 minutes de marches, le même vagabond me tappe sur
l'épaule :
" - Do you really go to Sweden ?
- Yeah, really, I go to Sweden !
- Oh... great.
- What do ya want ?
- ... I go to Sweden with you !
- Come on, you can't, I've booked only one ticket several weeks ago. Now, the train must be full...
- Oh...
- I'm sorry guy...
- No, no, you're right. I stay here.
- Well. I leave you.
- Right. Bye boy ! And Vive la France, don't forget it !"
Je suis un peu en retard pour mon train, je dois courir, je me perds dans Berlin la nuit. Personne à qui demander mon chemin et les panneaux indicateurs ne sont pas éclairés. Je traverse un (grand)
parc en courant et voilà la gare ! Juste à l'heure. Le quai 9. Je descends... Pas de train. Pas de voyageurs. J'attends tout seul 5 minutes. Les annonces ne sont qu'en allemand. Puis je tourne la
tête : le train est 50 mètres plus loin. Il est sur le moint de partir. Le temps de monter dedans, et c'est bon.
Je suis en sécurité, je pars vers ce qui m'a fait voyagé. Et je discute avec ma voisine de couchette en galérant avec mes draps de couchette (des draps à 3 coins). Elle, son lit est fait
parfaitement : "How did you do
?" (Ok, c'est bon, elle comprend ce
que je lui dis, c'est déjà ça...). En revanche, son anglais est tellement parfait que j'ai rien compris à ce qu'elle m'a répondu. Tant pis, mon lit est vaguement fait.
Tant pis, la conversation sera moins intéressante qu'avec le vagabond.
Par Ugo
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Vendredi 20 juillet 2007
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Dans le train, j'arrive à Malmö. Manifestement,
je vais entrer en Suède. C'est là, c'est... maintenant quoi.
Berlin, je connaissais vaguement avant d'y aller. J'en avais entendu parler autrement que par
moi-même.
Mais Malmö, la Suède, est-ce que ça existe vraiment autrement que sur les cartes ? Est-ce qu'on m'aurait menti
depuis le début ? Un truc à la Truman-Show ?
Et là je repousse les limites des cartes, seul. En coulisses, on s'active pour prolonger le décor.
Par la fenêtre du train, y'a la mer, puis la terre, puis la mer, puis la terre. Soit les décorateurs ont pas été
logiques, soit c'est vraiment un coin de monde très spécial.
Photo : stardustmovies.com
Ca existe, et c'est magnifique. Léger froid, puis puissant soleil. Ca tape, ça brûle sur la terasse des "trois
roses". Tous les cafés qui servent un petit déjeuner ou quelque-chose qui y ressemble ont un nom français. C'est comme ça.
Mais pas de petit déjeuner à la française pour moi. Je tente de me dépayser avec un "orange juice" et une (merde,
comment on dit déjà)... "that" je fais en montrant du doigt (merde, je le savais en plus, c'est "lemon pie"). Mais c'est le prix qui dépayse : 65 SEK (7€). Le welfare state a un coût : 25 %
de TVA.
C'est comme ça.
Tout à l'heure, en sortant de la gare, j'ai eu un sourire continu pendant au moins un quart d'heure. Je crois que
c'est trop d'un coup : le choc est dur à encaisser.
J'ai chaud, j'ai froid. Je sais pas trop. J'ai jamais été là où je suis.
Je me sens trop mal et trop bien. Je sais pas où je suis. Si, je sais me situer, mais je sais pas comment je
suis.
Là, en face, une mini-terasse avec un brunch et une serveuse souriante. Ils savent vivre ces
suédois.
Parce que je suis en Suède.
Je dois me poser. Sinon je vais tomber dans les pommes ou partir en lévitation.
Aucun esprit critique sur la ville.
D'habitude, je cherche à me dépayser, là il faut que je reste moi-même, que je garde mes repères.
Je suis pas chez moi. C'est différent ici. Le temps passe beaucoup plus vite.
Je dois me poser. Non, je vais bouffer la ville. Mais les gens sont différents. Je ne suis qu'un touriste : en
trop.
Je dois bouger. Quitte à vomir le trop plein de nouveau.
Je dois me poser en bougeant. Avec ma musique dans les
oreilles, comme en fermant les yeux : laisser entrer, mais pas trop.
Peut-être.
Il m'a fallu quelques heures d'adaptation, mais là je suis ok.
Malmö, par rapport au vélo, c'est comme Berlin.
En fait, Berlin était pas une exception, c'est la France l'exception. Comme Berlin, sauf qu'ici, il y a d'énormes parkings de vélos, sur le fleuve.
Ils sont comme ça.
C'est peut-être juste histoire de pas pouvoir gueuler contre les vélos parce que leurs parkings détruisent des champs de pommiers.
Tout à l'air parfait.
Ici, il y a toutes les couleurs. Même des bruns.
Après avoir rêvé, maintenant je dors.
Par Ugo
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Samedi 21 juillet 2007
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Ah, j'ai trouvé un berret dans un caniveau. Je suis passé devant, je me suis arrêté au bout de la rue. J'ai attendu
que tout se dégage, que les gens partent, et puis je suis revenu sur mes pas pour le ramasser.
Il me plaisait, alors je l'ai essayé. Il m'allait bien, alors je l'ai pris.
Je ferai la suite de mon voyage avec.
Ce soir, je fais ma première machine. Je cherche donc une laverie. La charmante aubergiste m'en indique une dans le centre ville : "tvätt", m'écrit-elle sur mon plan. "Pronounce tfèèèt" me
dit-elle.
A quelques kilomètres de là, une épicerie se trouve à l'emplacement qu'elle m'a indiqué. L'épicier ne parle pas anglais. Ok, je dis "tfèèèt". Ah, il ne parle pas non plus suédois.
Il me dit "arbi?". Je fais non de la tête.
Je lui dis "français?". Il fait non de la tête.
Il téléphone a un ami et lui parle en arabe. Il répète "tfèèèt" au combiné sur le ton du questionnement.
5 minutes plus tard, il raccroche et me propose de la lessive.
...
Plus tard, en marchant sur le trottoir, je vois quelques machines à laver à travers un soupirail. Il est 20 heures, des adultes mangent dans la cour de l'immeuble en question. Juste devant,
quelques enfants de 6-8 ans joue à la trotinette et au roller.
Je vais leur demander en parlant anglais lentement pour bien me faire comprendre : "Hey boy, there is a laundry down there. Is that possible for me to wash my clothes or is it private?".
Le gamin me répond avec un parfait anglais et un parfait accent. Il va demander à ses parents. Et revient dans la seconde me répondre par la négative.
A cet instant, je suis dégoûté d'être né en France.
La machine attendra demain.

Par Ugo
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Dimanche 22 juillet 2007
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J'ai vu plus de femmes enceintes que de merdes de chien.
Il ne s'agit pas de comparer les deux, mais cela veut tout dire.
Je marche énormément et je croise beaucoup de monde : dont 12 femmes enceintes depuis le début de mon voyage. Selon mes calculs incluant le taux de fécondité (2), l'espérance de vie (80) et le
temps pendant lequel une femme est visiblement enceinte (4 mois), et le ratio femmes/population totale (0,5)...
2*4 mois = 8 mois
Une femme est visiblement enceinte 8 mois dans sa vie.
(8/12)/80 = 1/120
Soit 1/80 de sa vie.
(1/120)*0,5 = 1/240
Pour 240 individus croisés, il y a 1 femme visiblement enceinte.
...j'ai donc croisé de près (240*12=2880) environ 3000 personnes. Pas si impressionnant ? Pas encore.
Concernant les merdes de chien, je ne les ai pas comptées. Mais d'une manière générale, ça prouve que c'est possible d'avoir un pays net.
Le complexe d'atomicité
J'ai croisé tellement de gens que je ne saurais plus en reconnaître comme beaux. C'est censé être rare, alors qu'ici ça ne l'est pas. L'air ? Le climat ? La quiétude sociale ?
C'est ce que j'appelle le complexe d'atomicité. Plus on prend conscience qu'il existe un nombre incroyable d'atomes, plus on recherche l'atome parfait : pour ne pas le regretter.
Par Ugo
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Lundi 23 juillet 2007
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Par Ugo
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Mardi 24 juillet 2007
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En auberge de jeunesse, quand on arrive, on échange nos prénoms, nos nationalités. On se dit combien de temps,
pourquoi on est ici. Généralement, on est assis sur nos lits superposés, et c'est cool.
Hier soir (le 23), deux jeunes allemandes s'installent dans la même chambre que moi. On discute donc comme d'habitude. Elles ont 19 ans et sont sur la fin de
leurs vacances à la mer. Göteborg est une simple escale : elles reprennent le lendemain matin (aujourd'hui, le 24) un avion pour Francfort. Elles sont sympas,
bronzées et visiblement fatiguées.
Il était 19h, on rigole un peu pendant qu'elles prennent leurs marques dans la chambre, déplient leurs draps, etc. Au bout d'un quart d'heure, je pars prendre une douche. Je leur dis un truc genre
"see you".
La salle de bain est un peu plus loin dans le couloir.
Au retour, je suis en caleçon-chaussettes. Plus personne dans la chambre. je commence à parler tout seul. A chantonner. A délirer un peu entre le français et l'anglais. Genre "yeah, i take a
doooouuuuuuche"... Et ouis comme j'apprends des trucs en anglais après chaque conversation, ben je me refais des passages pour pouvoir les ressortir la prochaine fois, genre "but it's no
big deeeaaaal". Et puis j'insiste grave sur l'accent, genre "ènyway". Ouais, en ce moment, je commence à délirer un petit peu tout seul... Mais bon, c'est le cours normal des
choses.
Ok, donc, je danse avec ma serviette et en me secouant les cheveux au milieu de la chambre. Et d'un coup, j'entends un petit bruit ! Y'en a une qui vient de se retourner dans son lit : putain,
elles étaient toutes les deux en train de dormir !...
Et elles m'entendaient délirer tout seul depuis tout à l'heure ! Comment je pouvais deviner moi ? Elles étaient allongées tellement bien bordées que je les avais pas vues en entrant. Et
il est pas plus de 20 heures !
Une petite seconde pour me rendre compte de cette honte... Et puis je fais genre je chantonne du Coldplay "mmmh... never meant
to cause your trouble...". Je doute que cela fasse illusion.
Piteux, je m'endors directement.
Et ce matin, j'évite leur regard en leur souhaitant un bon retour...
Par Ugo
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Mercredi 25 juillet 2007
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Oslo...
Ben grosse ville, et super touristique.
Sans doute trop grosse et super trop touristique.
Et d'ici j'ai une vue imprenable !
L'auberge est perdue dans les hauteurs.
A 45 minutes de bus.
Un parfum de lycée américain en perdition, à la Elephant. Et une atmosphère d'hôtel saisonnier à la Shining. V'voyez ?
Pareil.
Glauque avec des matelas par terre dans une ancienne salle de classe... Le tableau de la maîtresse n'est toujours pas effacé. Mais dehors le panneau "hostelling international" est censé
rassurer.
Au sous-sol, les casiers où se changeaient les ados sont déserts et les portes en ferraille bringueballent rien que pour faire bizarre.
Le couloir pour aller aux douches collectives est tellement long et froid qu'on pourrait y faire du tricycle des heures. Les bruits de canalisation résonnent, c'est sûr, on approche de la
chambre 237.
Ici, il y a que des riders avec sacs de couchage. L'aubergiste m'engueule parce que j'ai pas apporté de couette. Je me fais un oreiller avec mon seul bagage.
Au petit déjeuner, à part les typiques ham & cheese, nous avons des cornichons et des betteraves. Il y a plus d'eau que de lait dans le milk. Le jus d'orange a le même goût
que les médicaments contre les maux de gorge infantiles.
Oh, du beurre !
Ah, il est à l'oignon...
Après on s'étonne que Jack Nicholson devienne dingue.


Par Ugo
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Jeudi 26 juillet 2007
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...
Sinon ça va, je fais des photos, je me balade.
Par Ugo
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Vendredi 27 juillet 2007
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Karlstad... Ville moyenne de province bordée par un lac et toute une tripotée de rivières. C'est plus petit que ce que
j'imaginais. Les seuls immeubles sont au coeur de la ville et ne font pas plus de quatre étages... Et en prime, ça n'a pas l'air touristique.
C'est paisible et tant mieux. Je vais être bien ici.
C'est ce qu'il me fallait après les quatre grosses villes. Et surtout après Oslo, particulièrement bruyante.
Une ville à portée de main. Une que l'on peut presque prendre en une poignée. Une que l'on peut bien connaître en deux jours.
En fait, après Oslo, j'ai l'impression de rentrer chez moi. Je ne suis plus à l'étranger en Suède. Je ne suis plus étranger en Suède... Malgré le regard des passants sur mon critérium
griffonnant.
L'air a la même odeur qu'à l'arrivée à Malmö.
Ca sent bon.
Ca sent le frais.
Ca sent le pur.
Et la soif de découvrir, d'essayer, de se perdre dans les rues.
Pourtant, on est sur la même latitude qu'Oslo.
En fait, je dois être amoureux de la Suède.
Par Ugo
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Samedi 28 juillet 2007
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A N-2, je ne le sais pas encore, mais je m'en doute déjà :
Dans 2 ans et demi, j'irai faire un bout de mes études à Karlstad.
Ici, en Suède, on semble manger tout et à n'importe quelle heure. C'est peut-être une impression. Peut-être
juste parce que je suis tout le temps que je remarque que les terrasses des restos sont toujours pleines. Pleines de gens avec de vrais gros repas entre 16h30 et 17h. Je connaissais le
brunch (breakfast + lunch) maintenant, je connais le luner (lunch + diner).
Là, y'a un type en costume qui mange sur une terrasse. Il est 13h30, donc rien d'anormal. Par contre il a sur sa table un grand verre de jus de fruits et une toute petite assiette de maïs avec
des pommes de terre coupées en dés et une sauce orangée. C'est important d'avoir de la couleur dans son assiette.
Je l'imagine commander : "Un grand verre de jus de fruits et une toute petite assiette de maïs s'il vous plaît".
"Oh, et puis mettez-moi aussi des dés de patates et une sauce orange, merci".
Alors moi ça me fait marrer.
Du coup je me marre.
Par Ugo
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Dimanche 29 juillet 2007
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Aujourd'hui, je passe de Karlstad à Örebro.
Deux villes assez proches, de taille similaire et en bordure de lac.
Le car, c'est le moyen de transport le plus économique et le plus proche des vrais gens qui bougent pour quelque-chose.
Un thème apprécié par Vincent Delerm (Déjà toi) :
Déjà l'autobus positano
Les accoudoirs au cutter
Déjà le fanion du Torino
La calvitie du chauffeur
Déjà cette fille qui dort sur ma veste
Le trajet qui va finir
Je sais pas ce qui reste à découvrir
Beaucoup se font accompagner à la gare routière, parfois jusqu'au départ du bus. Pour les autres, ils retrouveront quelqu'un dans la gare d'arrivée.
Moi je vais d'un point à un autre sans quitter personne - à part la ville.
Et sans retrouver personne - à part moi-même.
Merde, c'est quand même vachement auto-centré comme concept.
Par Ugo
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Lundi 30 juillet 2007
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Mauvaise nuit, un seul gars dans la chambre, mais qui ronfle bien fort !
Vers 2h00, je m'installe dans le couloir. Vers 7h, je suis levé par une hôtesse de l'auberge qui me dit que c'est interdit.
- So find me another room...
- Ok, we gonna look for it.
Plus tard...
- Sorry, it's impossible.
- ...Well, so maybe I gonna sleep on the row once again tonight...
- ...
Ce soir, une collègue à elle me propose une autre chambre. En lisant ma fiche, elle commence l'un des seuls dialogues en français de mon voyage : '"Vous parlez
français ?"
- Oui ! ... Mais vous aussi ! ... Vous êtes française ?
- J'ai passé un an au Havre pour mes études.
- Vous avez un parfait accent !
- Merci. C'est la chambre 109 : 1er étage.
Aujourd'hui, Ingmar Bergman est
mort.
Le 30 juillet 2007 à 18h10, au pied de l'église d'Örebro, il y a 4 bancs :
Un homme portable, montre, lunettes, cigarettes.
Une femme qui a envie de pleurer.
Deux jeunes shorts, tongs, glaces.
Moi.
Le 30 juillet 2007 à 18h15, au pied de l'église d'Örebro, il y a 4 bancs.
L'homme a passé son dernier coup de fil.
La femme attendait une amie. Maintenant, toutes les deux sourient.
Les deux jeunes finissent leurs glaces.
Le 30 juillet 2007 à 18h30, au pied de l'église d'Örebro, il y a 4 bancs.
3 sont libres.
Par Ugo
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